Ils le pensent, nous le disons

PIERRE-MARIE RELECOM – CEO

JUIN 2014

Mais à quels envahisseurs d’irréductibles Gaulois entendraient-t-ils résister ?

Selon l’Insee, en 2011,12% des salariés français (hors agriculture) étaient employés dans quelques 20.000 entreprises détenues majoritairement par des investisseurs étrangers. Et, A en croire l’AFII, ces investisseurs avaient une image positive de la France, et la voyaient avant-tout attrayante, au regard du savoir-faire de ses entreprises. Le mouvement « populisto-eurosceptique », enregistré lors des dernières élections européennes, aurait-il terni cette image ?

Au nom d’un sacro-saint « patriotisme économique », notre ministre français de l’économie, ex du Redressement Productif, s’évertue depuis des semaines à négocier les intérêts du groupe Alstom. La question n’est pas encore tranchée qu’Arnaud Montebourg pourrait également arbitrer un nouveau dossier : Ascométal, groupe industriel français en redressement judiciaire comptant près de 2.000 salariés, spécialisé dans la fabrication de pièces en acier équipant les filières des transports, de l’automobile, les centrales nucléaires et les plates-formes pétrolières. Notre champion national est convoité par un consortium européen, emmené par un français mais majoritairement financé par des anglais, et par un industriel brésilien. Face aux arguments de l’un et de l’autre, le fameux décret établi sur-mesure, à l’occasion du dossier Alstom, pour défendre les intérêts stratégiques de la France, tranchera-t-il sèchement le débat, peu important la qualité des financements sur le long terme, pour peu, que sur le court terme, on puisse faire mine de sauver le plus d’emplois possibles ?

La question qui me vient à l’esprit est encore plus simple : de quelle expertise Arnaud Montebourg pourrait-il se prévaloir sérieusement, lui ou sa horde de collaborateurs d’Enarques, pour pouvoir apprécier les tenants et aboutissants censés

favoriser un deal win-win ? Au-delà de l’idéologie stérile dans laquelle nos gouvernants s’emmitouflent depuis le Président Giscard d’Estaing et de la pure démarche de marketing, ne serait-il pas plus sage de laisser aux experts de la vie civile le soin d’apprécier l’intérêt de nos industries plutôt que de s’ériger systématiquement en régulateur suprême de la vie économique, vie qui ne serait rien sans l’audace et la prise de risques de nos entrepreneurs, entrepreneurs dont les politiques n’ont quasiment jamais endossé les habits ?

La France, s’enorgueillit toujours de voir ses Enarques mener une diplomatie économique snob, au risque de perdre des marchés essentiels avec des pays comme la Chine, l’Inde, le Moyen-Orient ou la Russie. Nos Enarques, formant une nouvelle Aristocratie des temps modernes – en Gaule, sauront toujours se satisfaire d’une coquette rente de situation s’ils sont « mis au placard », avant de retrouver les affres du pouvoir permettant de remporter la décision finale. On peut penser que les choses se sont ainsi passées pour nos voyageurs du ferroviaire, les quais de nos gares s’étant vus soudainement affublés sur le papier de trains démesurés. Et les contribuables pourront bien aboyer, la caravane passera. Le Secrétaire d’Etat chargé des transports, enterrera rapidement l’affaire, convaincu par un rapport d’experts (Enarques ?) de l’intérêt à minimiser le manque de coopération entre SNCF et RFF, quel que soit son coût…

De fait, le choix économique rationnel n’a jamais fait partie de l’ADN de nos politiques. Nos gouvernants et leurs collaborateurs sont clonés, sans aucune vision, restant entre eux, et sans avoir jamais à glisser chaque matins « des bas résilles pour draguer le client ». Si tel n’était pas le cas, les français fourbiraient déjà leurs armes pour se préparer à saisir les formidables opportunités économiques se dessinant déjà en Afrique de l’Est, spécialement au Mozambique et en T anzanie, pays excessivement prometteurs d’ici les dix années à venir. Il y a vraiment de quoi s’interroger sur la pertinence du politique dans la sphère économique si le premier ne prend pas la peine d’identifier les zones de croissance émergentes, d’en analyser précisément les ressorts et de communiquer avec force et spontanéité auprès de nos entreprises. On ne saurait s’improviser en intelligence industrielle, sans jamais mettre les entreprises au centre des préoccupations.

Je fais pour ma part pleinement le mien le point de vue de Denis Payre, entrepreneur à succès qui prône la « déprofessionnalisation » de la politique, nos politiques ayant perdu de vue le sens et la dimension de leur mission, servir l’intérêt général, pour servir leur seule carrière. Et pourquoi pas l’alternance d’un mandat limité à cinq ans avec un retour, de même durée, à la vie civile, moment propice de renouer avec le monde des réalités et d’éprouver ses talents tant d’entrepreneur que de manager, avant de retourner à la vie politique ? Enfin, plutôt que de critiquer les appétits des investisseurs étrangers, obligeons les grandes entreprises françaises à soutenir leurs sous-traitants dans le cadre de leurs implantations internationales !

Ce n’est qu’au prix d’un tel bing-bang que les français se réconcilieront avec leurs politiques dans une France, non plus regardée comme une Gaule seulement survolée mais comme une France ouverte sur le monde et où l’on s’arrête de nouveau. La potion magique de Panoramix !

Pierre-Marie RELECOM

Conseiller du Commerce extérieur de la France1

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1 Comité Paris Île-de-France